Ecole de garçons BORDJ-MÉNAÏEL 29 mai 1949.
« C’est la Fête des Mères, je pense à ceux qui n’ont pas de Maman »
En cette période durant laquelle les petits et les grands préparent la Fête des Mères, je ne cherche pas à expliquer pourquoi j’aime ma Maman ; le l’aime tout simplement parce que c’est Maman. Lorsque la guerre éclata, en septembre 1939, je n’avais qu’un an ; Papa devait nous quitter et ne revenir que six années plus tard ; six années pendant lesquelles je restais seul avec Maman, je ne connaissais qu’elle. Je comprends, maintenant que j’ai grandi, combien ces années durent être pénibles pour elle : elle avait une vie très active partageant son temps entre un travail absorbant, les œuvres de guerre qu’elle dirigeait et les soucis de la longue captivité de Papa, me réservant toute sa tendresse, ses sourires, sa bonne humeur.
Pendant quelques mois, vers la fin de la guerre, nous avons hébergé une petite orpheline de mon âge. C’est là que j’ai vu combien une mère était chère à son enfant, lui était indispensable. Est-il possible qu’il y ait sur terre des enfants privés des caresses et des tendresses maternelles ? Est-il possible que des enfants s’endorment le soir sans la petite minute que j’apprécie tant : celle où Maman entre dans la chambre, me borde et m’embrasse ? Le matin, quel doux réveil sous les caresses et les baisers de Maman … Comment s’éveillent-ils les orphelins ? Pour un petit chagrin, quelle bonne consolation que la douceur de sa voix !… Pauvres petits, qui sèche vos larmes ? Ma suprême récompense, lorsque j’ai bien travaillé, c’est le regard plein de fierté de Maman. Qui vous soutient et vous réconforte, vous qui n’avez plus de mère ?
Je suis heureux, en ce jour de fête de pouvoir témoigner ma reconnaissance à Maman ; mais je serais pleinement satisfait si les petits orphelins pouvaient goûter au même bonheur.