Fidèles au souvenir !

Nos quatre glorieuses :

13 mai 1958

                   24 janvier 1960                            22 avril 1961

26 mars 1962

Il n’est peine si lourde que le temps n’atténue.

Jour après jour, mois après mois, les années passent.

Si, dans nos cœurs meurtris, la paix est revenue,

Le sombre oubli, du moins, n’a pas trouvé sa place.

Il nous reste le souvenir !

Oui, nous nous souviendrons, et pour encore longtemps,

Des jours qui virent éclore notre pure espérance

Comme une fleur vermeille au soleil du printemps.

Que reste-t-il de tout cela, ô France ?

Il en reste le souvenir !

Oui, nous nous souviendrons, soucieux de nos devoirs,

Gardiens de la Province, serviteurs de la France,

Des journées de combat, et de lutte et d’espoirs ;

Que reste-t-il, hélas ! de la belle confiance ?

Il en reste le souvenir …

Oui, nous nous souviendrons des jours de l’abandon,

Des combats et des peines, de l’immense souffrance

Qui torturait les cœurs … Accorder le pardon ?

Jamais ! Rien, rien ne peut effacer une offense.

Quand il reste le souvenir …

Oui, nous nous souviendrons de ces journées de deuil :

La milice tuait les hommes pacifiques,

Puis, à la nuit tombée, dérobait leurs cercueils.

Oubliera-t-on jamais ce sacrilège inique ?

Rien n’efface le souvenir !

Les plaies du corps guérissent, se referment un jour.

Les faits, à tout jamais, jalonnent notre histoire.

La mort des patriotes, la vie de tous les jours

Dans la honte ou la peur sont gravés en mémoire.

Il est en nous, ce souvenir !

Imprimé sur nos fronts en un sillon de plus,

Gravé dans nos esprits tels les noms dans la pierre

Des cimetières lointains que nous ne verrons plus,

Vénéré, immortel, présent dans nos prières,

                                      Il est sacré, ce souvenir !

Et nous le transmettrons intact à nos enfants,

Pieux, fidèle et sacré comme l’histoire sainte.

Du sol de notre enfance, si beau, si fier, si grand

Que fut notre bonheur, ils construiront sans crainte

                                      Le plus merveilleux souvenir …

Il faudra qu’ils apprennent que, sous un ciel clément,

Est un rivage heureux, des villes et des plaines

Que nous avons aimés par delà les tourments, …

Qui sont devenus  leurs tout doucement, sans haine,

                                      Par la magie du souvenir.

Comme un cher patrimoine, ils le respecteront,

Ils le vivront, alors comme on vit un beau conte,

En un rêve intérieur, silencieux et profond ;

Sans un ressentiment, sans peur ni fausse honte,

                                      Ils croiront en « leur » souvenir.

Mais, ce que nos petits, de nous devront connaître,

C’est l’histoire d’un pays qui fit naître une race

Noble et belle, et solide, une race de maîtres.

Alors, nous aurons su, quoi que le temps y fasse

                                      Perpétuer le Souvenir !

A Michel, Christiane et Alain, mes enfants chéris. Maman 

27 avril 1969

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