L'image

J’avais juste six ans quand on mit devant moi

Au tableau de la classe une carte murale.

Je ne m’en souciais guère, ne sachant pas pourquoi

On disait : « C’est la France ! » Dans la petite salle,

Le nom seul résonna. Oui, c’était là ma France,

Ce bon carton solide et ce dessin dessus !

Le tout était joli, et, dans mon innocence,

Pour être contentée, il n’en fallait pas plus.

L’image me plaisait ; mon doigt avec ardeur

Suivait le contour bleu, limitant les rivages,

Et je traçais, avec plus ou moins de bonheur,

Ces lignes harmonieuses sur une blanche page.

Je lui vouais ma peine et toute mon ardeur,

Je la voulais si belle, si belle cette image,

Je la sentais si bien tout au fond de mon cœur,

La France devenait mienne par delà les orages.

Car elle était aussi la France de l’Histoire,

Souvent meurtrie, battue et toujours surmontant

Malheurs, blessures, misères, souffrances et déboires

Une âme qui veut vivre en dépit des méchants.

C’était encore la France, de gloire auréolée,

Celle de Charlemagne et de Napoléon

Saignée pour le maintien des frontières sacrées

Et qui se retrouvait à l’appel de son nom.

Née sur une autre terre, à l’abri du drapeau,

Je voyais en la France un pays légendaire,

Où tout est mieux qu’ailleurs, où le ciel est plus beau

Et, qui m’eût contrariée devenait adversaire.

Mon cœur battait plus fort et j’avais le frisson

Quand les drapeaux claquaient au vent et que les cuivres

Scandaient le pas des régiments sous nos balcons.

Je donnais à la France toute ma joie de vivre.

Qui donc dira pourquoi nous étions si chauvins ?

Est-ce de vivre ainsi, loin de la douce France ?

D’aimer ses pâturages, ses torrents, ses sapins,

De ne la retrouver chaque année, qu’aux vacances ?

La France ! … c’était l’asile, l’oubli et le repos

Pour notre corps lassé ; c’était la récompense

D’une année de labeur. On revenait dispos,

Prêts à tout affronter et gonflés d’espérance.

On trouvait, sur son sol, les sites les plus beaux,

La bride était lachée, c’était la délivrance

Après tant de routine, c’était le renouveau.

On disait, s’étirant : « Ça sent si bon, la France ! »

A l’ombre des sapins, dans les sombres futaies,

Où l’on trouvait le frais, l’oubli et le silence,

La fraîcheur de la mousse faisait un lit épais,

Où les heures s’écoulaient en molle indifférence.

France ! tu fus notre Mère durant les jours heureux

Tu nous ouvris les bras, toi si belle et si fière,

Et tu pouvais compter sur tes fils généreux

Pour s’en aller combattre le long de tes frontières.

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