Du présent au passé, tu as franchi le pas
Et je sens ton regard par dessus mon épaule,
J’ai besoin que, ce soir, ton souvenir m’épaule :
La pensée se dérobe, les mots ne viennent pas.
Tu es allée grossir la cohorte des ombres
Qui glissent sur nos pas, très doux, très doucement,
À nos âmes, à nos cœurs, fidèle attachement,
Afin que, dans l’oubli, nulle amitié ne sombre.
Comme un rai de soleil, Amie, tu as passé,
Affectueuse et tendre, gaie, belle et généreuse.
Tu nous avais montré une vie courageuse
Mais on parle de Toi ? c’est déjà au passé.
Pour que ton souvenir n’ait pas le goût de cendre
Tout au fond de mon cœur, je le garde vivant
Ton clair regard, ta voix et ton rire si franc.
Qu’il était bon, ton rire ! Que j’aimais à l’entendre.
Sois donc remerciée pour les dons merveilleux
Que tu nous fis de Toi : merci pour ta présence,
Pour ton envie de vivre et pour ton indulgence ;
Merci pour tes bons mots, ton accueil chaleureux ;
Et merci pour tes luttes, merci pour ton courage,
Tes leçons de confiance et tes leçons d’espoir.
Maintenant que la Vie nous conduit vers le soir,
Que ton exemple enfin puisse nous rendre sages.
D’où te venait la force ? De ton Dieu, de ta Foi ?
Ors, viens à mon secours et montre-moi la route
Qu’il faut suivre ici bas. Protège-moi du doute
Si tu me vois lutter et perdre pied parfois.
Adieu, ma douce Amie, car le temps passe vite.
Hier, tu souriais, mais c’est déjà demain.
Adieu, ma tendre Amie, ne lâche pas ma main,
Laisse-moi croire en Toi. Il faut que tu nous quittes.
Mais ne nous laissa pas. Si tu vas vers ton Dieu,
Donne-nous ton courage et donne-nous la foi
Pour supporter l’épreuve et lutter comme Toi.
Dors dans la Paix, mais jamais dans l’oubli. Adieu.
A Fernande Monnier épouse Nasseys, 21 avril 1972