POUR TOI, MICHEL …
On dit que les oiseaux se cachent pour mourir ;
C’est la même pudeur qui me tenait muette :
En mon cœur, je cachais ce que je vais écrire,
Découvre ma pensée qui te fut trop secrète.
Tes trente ans m’ont vieillie, pourtant c’était hier
Le tout petit garçon qui partageait mes peines,
Mes joies, mes nuits, mes heures et qui en était fier,
C’était toi mon Michou ! et moi, j’étais ta reine.
Que d’histoires naïves nous aimions à conter !
Tu jouais à cacher tes mains en mes mains closes,
Tu étais tout pour moi et, dois-je l’avouer ?
Par ce geste tout simple, tu devenais ma chose.
Ma chose, mon objet, sujet de tous mes soins,
Ma richesse, c’était toi. Maman trop exclusive,
J’étais prête à montrer, s’il en était besoin,
Les griffes et les dents, et me faire agressive.
Ainé de notre union, tu restas seul longtemps
A concentrer sur toi, soins, amour et tendresse.
Tu fis que ton papa surmonta ses tourments,
Tu permis à maman d’oublier sa détresse.
Durant plus de treize ans, oh ! cher petit garçon,
Nous avons mis en toi toute notre fierté.
Tu fus tout notre amour, notre seul horizon,
Pour éclairer le temps, notre seule clarté.
Quand vint le petit frère, souviens-toi, on jouait
Vous deviez partager quatre sous d’héritage …
Mais pour chacun de vous … le poète disait,
Un amour maternel jamais ne se partage.
Pour ses fils, on nourrit de grandes ambitions :
Autour de ton berceau veillait la fée « Courage »
La fée « Douceur » aussi qui guide tes actions
Vers le beau, vers le mieux, chaque jour davantage.
Aime ton métier, pour goûter le Bonheur.
Soigne les maux du corps, panse les plaies de l’âme
Plus haut, toujours plus haut et avec plus d’ardeur
Du flambeau de ta vie s’élèvera la flamme.
Avec un peu d’amour, du plus humble métier
On fait un sacerdoce. Tu le sais, c’est en somme
Accomplissant sa tâche, s’y donnant tout entier
Adoucir le calvaire qui fait la vie d’un homme.
Etayer ton courage, soutenir tes efforts,
Forcer ta volonté et doubler ta patience
Ce fut pour la Compagne qui partage ton sort
La tâche ingrate et douce, celle qu’ignore la « Science »
Ton travail couronné, aujourd’hui à l’honneur
S’il me rend fière de toi à ne pouvoir l’écrire,
Le baume que je sens tout au fond de mon cœur
Ni la voix, ni la plume ne pourront le redire.
C’est pour toi que j’écris, et dans mes mauvais vers
Tâche donc de trouver, de lire entre les pages
Tout ce que je ressens pour toi qui m’es si cher
Toi qui reste mon bien, entier dans le partage.
Mai 1968